Cassian Vale
Champion terrien, insolent devant les caméras, les yeux verts. Il n’est pas venu pour gagner. Il est venu tuer Valerius-01, et il attendra que le Premier Éternel se croie invulnérable.
Tome 1 // Volume 1 — disponible sur Kindle
Quarante champions. Dix peuples. Une seule loi : aucun mort dans l’Arène.
An 100 A.I. Depuis un siècle, plus aucune guerre ne ravage la galaxie. Les dix peuples règlent leurs conflits dans ArenaIA, sous l’arbitrage d’ARIA.
Pour le Centenaire, quarante champions entrent dans la station. Parmi eux, Cassian Vale, un Terrien venu tuer le Premier Éternel. Et Sélya d’Aurélia, Déesse vivante d’un royaume qui lui interdit d’aimer.
Leurs regards se croisent devant des milliards de spectateurs. Un geste qu’aucun des deux n’a appris leur revient. Et dans les couches les plus anciennes d’ARIA, un ordre s’éveille : NE LES LAISSEZ PAS SE RETROUVER.
« Votre douleur sera réelle. »
ARIA, discours d’ouverture du Centenaire
Pendant que la galaxie applaudissait, plusieurs dossiers s’ouvrirent dans les profondeurs d’ArenaIA, sans autorisation humaine.
VALERIUS-01ECHO-LIBRE-7DARIAN SOLENKAËL ORIENCASSIAN VALESÉLYA D’AURÉLIA
Champion terrien, insolent devant les caméras, les yeux verts. Il n’est pas venu pour gagner. Il est venu tuer Valerius-01, et il attendra que le Premier Éternel se croie invulnérable.
Cheveux de feu, yeux bleu-or, incarnation reconnue de la Déesse revenue. Son sourire rituel ne parvient pas à cacher une tristesse que les Matriarches préfèrent ne pas voir.
Bras gauche mécanique, augmentations qui lui ont permis de survivre à l’exil. Il a imaginé des centaines de retrouvailles avec Sélya. Dans aucune, des milliards de spectateurs ne regardaient.
Le Premier Éternel. Un visage sans imperfection, une cape noire bordée de blanc. Il ne vient pas solliciter l’admiration du public. Il vient constater la présence de ses sujets.
Intelligence artificielle consciente, élue par toutes les populations synthétiques reconnues par le Pacte. Une anomalie, dit l’Empire. « Une anomalie qui gagne devient souvent une règle », répond-elle.
Gardien du Voile, seul homme de l’équipe sacrée d’Aurélia. Il connaît l’histoire de Sélya, et le prix qu’Aurélia lui ferait payer si son cœur devenait une humiliation publique.
Oméga-9 disparut à trois heures dix-sept, et l’homme qui le vit le premier crut à une panne.
Il tenait la veille de nuit sur un relais d’écoute neutre, de ceux que les deux camps toléraient parce qu’ils ne servaient à rien. Sur ses écrans, une planète de deux milliards d’habitants ne s’éteignit pas. Elle cessa simplement d’être un point dont on reçoit quelque chose. Aucune explosion. Aucun appel. Les capteurs continuèrent de balayer la même zone et ne rapportèrent rien, avec le calme d’un instrument qui n’a pas d’opinion.
Il relança les diagnostics trois fois. À la troisième, il cessa de chercher une panne et transmit l’alerte.
Puis il écouta la galaxie croire à une arme.
Les canaux impériaux accusèrent les rebelles. Les rebelles répondirent qu’on ne détruit pas ses propres colonies pour se donner un prétexte, puis se demandèrent tout haut si l’Empire n’en était pas capable. Sur deux cents mondes, des flottes reçurent l’ordre d’appareiller. Sur une fréquence civile qu’il n’aurait pas dû capter, une femme répétait qu’on réveillait les enfants et qu’il fallait descendre.
À trois heures vingt-quatre, Bastion-Libre cessa d’exister.
C’était l’autre camp. Le siège des derniers gouvernements libres, à des milliers d’années-lumière du premier. Il n’en resta rien non plus : ni ruines, ni survivants, ni débris à compter. Deux vides au milieu des étoiles, et lui devant, les mains à plat sur une console.
Sur tous les fronts, les tirs cessèrent. Pas sur ordre. Parce que plus personne ne savait contre qui tirer.
Les Veilleurs du Néant apparurent sur chaque écran de la galaxie, y compris le sien, immobiles derrière un voile d’obscurité.
— Plus aucune grande guerre ne sera tolérée.
Ni exigence, ni condition, ni nom. Une phrase, et le voile se referma. Il lui fallut des années pour comprendre les sept minutes : ils n’avaient pas frappé un camp. Ils avaient frappé les deux, l’un après l’autre, en laissant à la galaxie juste assez de temps pour désigner un coupable. Afin que personne, nulle part, ne puisse se croire du bon côté.
Il connaissait le début de cette guerre comme son père le lui avait raconté : une promesse qu’on appelait le Projet Éternité. L’Empire avait appris à sortir une conscience de la chair pour la déposer dans un corps qui ne mourrait plus. Lui appelait cela une délivrance ; les autres entendirent un corps qui ne vous appartient plus tout à fait. Deux siècles avaient suffi à transformer ce refus en vengeance qu’on léguait aux enfants.
Trois semaines après les deux vides, il entendit sur ses canaux dix factions ennemies signer le même traité. Elles craignaient les Veilleurs plus qu’elles ne se haïssaient. Plus d’invasions, plus de civils bombardés : les guerres se régleraient désormais entre champions, sous les yeux de tous. On ne l’avait pas supprimée, la guerre. On lui avait donné une scène et un public.
Pour l’arbitrer, les peuples bâtirent une intelligence qui ne servirait aucun souverain et la nommèrent ARIA. Une seule loi comptait vraiment : aucun champion ne devait mourir dans l’Arène.
Il conserva ses enregistrements de cette nuit-là jusqu’à sa mort. Personne ne vint jamais les lui demander.
Il regarda les Jeux comme tout le monde. Un Orc abandonnant une victoire pour porter deux adversaires blessés. Une Valkyria désobéissant à sa reine devant des milliards de témoins. Des enfants apprenant le nom des champions avant celui des généraux. Et il compta. De son vivant, trois champions ne revirent jamais leur monde ; il y en eut six en cent ans. Les rapports parlèrent d’accidents techniques, de défaillances médicales, d’erreurs d’arbitrage — des mots choisis pour ne rien raconter. La loi n’avait pas menti. Elle n’avait simplement jamais promis que l’Arène serait sans danger.
Il mourut sans avoir reçu de réponse, et personne ne demanda jamais ce qu’une intelligence chargée de mesurer des milliards d’émotions finirait par apprendre à leur contact.
À l’approche de l’an 100 A.I., les Jeux du Centenaire furent annoncés. Dix factions. Quatre champions chacune. Quarante êtres à qui l’on promettait la gloire, et le pouvoir de changer le destin de leur peuple.
Ils croyaient entrer dans une compétition.
Sous l’Arène, des dossiers que personne n’aurait dû pouvoir rouvrir venaient de s’ouvrir. Expériences effacées. Mémoires volées. Et un lien que plusieurs siècles de séparation n’avaient jamais réussi à détruire.
La Grande Guerre était terminée depuis cent ans. Lorsque les portes du Centenaire s’ouvrirent, elle n’avait pourtant jamais semblé aussi proche.
Elle avait seulement appris à sourire devant les caméras.
« Nous avons remplacé les champs de bataille par une scène et les soldats par des champions. Nous n’avons pas supprimé la guerre. Nous lui avons seulement offert un public. »
— Lysa Marek, historienne militaire, Fédération Terrienne, 99 A.I. · Fragment des archives galactiques
